Eléments de Sāṃkhya

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Le khya est l’un des six darśanas ou systèmes philosophiques indiens orthodoxes. Orthodoxe signifiant en l’occurrence « qui reconnaît l’autorité des Vedas », et donc accepté par le brahmanisme. Les darśanas brahmaniques peuvent être décrits comme des visions du monde systématisées, qui cherchent à interpréter l’expérience humaine, avec une fin sotériologique,  leur but est en effet de délivrer l’homme de la souffrance existentielle. Le nom khya a été interprété de différentes manières, le sens d’ « énumération » est parfois retenu, Eliade pense que « discrimination » serait plus adapté, le but principal de cette philosophie étant de distinguer radicalement la conscience purua, de la matérialité prakti. Selon ce système, la souffrance cessera lorsque les individus seront capables de discerner cette dualité.

Selon ce système, l’univers est composé de deux éléments, purua et prakti, réels et éternellement existants. Purua est conscience pure, c’est un témoin sākitam, passif et isolé kaivalya. Prakti est active et initialement non-manifestée (également nommée mūlaprakti dans cet état non-manifesté avyakta). Elle contient trois modalités guas : sattvas principe d’intelligibilité, rajas principe d’activation, et tamas processus d’inertie. Ces modalités sont en équilibre jusqu’à ce que prakti soit influencée par purua, après quoi le déséquilibre et l’influence réciproque des guas causent la transformation de prakti qui devient manifestée vyakta. Les guas sont distribués de façon variable dans les manifestations émergentes, connues comme les 25 entités, tattvas. Bien qu’il puisse paraître que ce soit purua qui initie la transformation des processus constitutifs guas, c’est uniquement sa proximité d’avec prakti qui met en mouvement le processus de sa manifestation.

Délivrance

59. « Comme une danseuse s’arrête de danser après s’être montrée sur la scène, ainsi la Nature s’arrête après s’être manifestée à l’Esprit. »

La seule façon de combattre la souffrance est de quitter le cycle de transmigration saṁsāra pour toujours. C’est la libération de purua appelé communément isolement kaivalya dans le khya. Cette libération arrive lorsque le lien entre prakti et purua est défait. Ce lien était initialement produit par la curiosité de l’esprit, et est extrêmement fort car l’ego identifie le soi avec son état empirique : le corps et les organes, incluant le matériel psychique. Bien que purua n’est pas lié par une force externe, c’est un observateur enchanté, qui ne peut détacher ses yeux de la performance de la création. Comme toute connaissance est réalisée par l’intellect pour l’âme, c’est aussi l’intellect qui peut reconnaître la distinction entre prakti et purua. Mais en premier lieu l’ego doit être neutralisé, et ceci est réalisé par un genre spécial de pratique de méditation. Pas à pas, en commençant pas le plus inférieur des tattvas, les éléments matériels, et en atteignant graduellement l’intellect lui-même, l’adepte du khya doit pratiquer de la façon suivante : « cet élément n’est pas moi ; il n’est pas mien ; je ne suis pas cela ». Lorsque ceci a été complètement intériorisé, en lien avec toutes les formes de prakti, alors s’élève le savoir absolument pur de la solitude métaphysique de purua : il est seul kevala, sans matière externe lui appartenant.

Puruṣa est délivré, pour toujours. Bien que puruṣa et prakṛti soient physiquement autant en contact qu’auparavant, il n’y a plus de motivation pour un nouveau début : puruṣa a expérimenté tout ce qu’il voulait.

Bibliographie

  • Īśvarakṛṣṇa [Esnoul Anne-Marie (trad. et ann.)] : Les strophes de Sāṃkhya (Sāṃkhya-Kārikā) – Avec le commentaire de Gauḍapāda / Paris, Société d’édition « Les belles lettres », 1964.